La raréfaction des ulves

Dans l’étang de Berre les ulves (les « laitues de mer », algues vertes responsables des marées vertes bretonnes) étaient un problème d’ordre sanitaire il y a encore 10 ans. Aujourd’hui, pour le plongeur régulier, elles sont en raréfaction évidente. Un critère objectif serait les tonnages ramassés sur les plages, cette donnée ne semble pas connue, en tout cas pas publiée. Dommage.

Petit échouage d’ulves, Le Ranquet (Istres). La plage a été ratissée récemment, mais on n’en voit jamais guère plus, contrairement aux années précédentes

Les ulves sont des algues vertes. Certains types peuvent faire de très grandes feuilles (1m de long, 50cm de large). Toutes sont au départ de leur croissance accrochées à un support solide (rocher, moule, voire du sable grossier…) mais sont d’autant plus facilement arrachées qu’elles sont grandes et leur support peu solide. Elles peuvent alors continuer à vivre une vie dérivante au fond de l’eau. Les algues dérivantes se retrouvent, au gré des courants, en gros amas au fond de l’étang ou… sur les plages.

Il y a encore quelques années, les petites « marées vertes » étaient encore fréquentes sur certaines plages de l’étang de Berre. La plage de Ferrières à Martigues a failli être comblée en 2008 par les autorités municipales de l’époque en justifiant ce chantier par des mesures sanitaires liées aux échouages d’ulves, très fréquents et importants en été. Le chantier a été bloqué par l’association L’Étang Nouveau et la plage finalement rouverte en 2017 (cet article résume un peu ce combat). Sur cette plage que je suivais de près j’ai vu, année après année, les échouages d’ulve baisser entre ces deux dates. Actuellement le filet anti-algues installé en 2019 capte beaucoup plus de larves de moules que d’algues (voir ce récent article).

Il y a toujours quelques échouages sur les plages les plus exposées (anse du Ranquet sud, plage de Varage, plage du boulodrome de l’anse de Saint-Chamas…) mais rien de comparable aux années précédentes pour une mi-juillet. Dans l’eau, la petite taille des ulves est frappante pour qui a l’habitude de plonger dans l’étang en juillet. La raréfaction et la petite taille des ulves est évidemment à rapprocher du développement des ulves.

Côte rocheuse d’Istres (nord du Ranquet) même sur ce substrat où les ulves étaient naguère ultra dominantes, les zostères s’implantent alors que les ulves semblent avoir du mal à grandir. Le manque de nitrate ?
Autre vue au large de la côte rocheuse d’Istres : plein de petites ulves, sans doute trop petites pour se faire arracher, et (presque) aucun amas d’ulves dérivantes
Image prise au large de Varage (-1m). Sur cette plage très exposée au mistral, la laisse de mer est désormais plus constituée de zostères que d’ulves et au large, les zostères commencent à s’implanter

Conclusion : J’ai souvent regretté de ne pas voir le tonnage total d’ulves récoltées par les différentes municipalités du bord de l’étang. Dommage : on verrait ce chiffre s’effondrer. Je vais questionner le GIPREB à ce sujet. Au moins doivent-ils constater la raréfaction des (grandes) ulves lors de leur plongées transect…

Dans l’étang, le remplacement des ulves par les zostères est en cours et rapide. L’actuelle colonisation de la plage de Varage (St Mitre-les-Remparts /Istres) par les zostères (article à venir) alors que c’était un lieu particulièrement touché par les échouages d’ulves, me semble emblématique.

Normalement c’est le signe que l’eau est désormais pauvre en composés azotés (nitrate ou ammonium, voir cet article). On semble vraiment sortir des années d’eutrophisation et la crise dystrophique de l’été 2018 devrait vite apparaître comme la dernière bouffée de fièvre d’une vieille maladie. Espérons-le au moins. Dans le diagramme ci-dessous (tirée d’une ancienne publication du GIPREB, et expliqué dans cet article), à mon avis on se déplace clairement vers la gauche, on est plus loin sur la gauche que la bande correspondant à 2017 et au niveau où la courbe des « macroalgues opportunistes » retombe (dans le sens droite-gauche) alors que celles des « espèces climax » (les zostères chez nous).

Rajout du 20 juillet 2020 : suite à questionnement sur le sujet, le GIPREB confirme la raréfaction des ulves cet été 2020 mais ne croit pas à une tendance, en tout cas pas encore. Il n’y a pas de courbe de tonnage de ramassage à proprement parler. Ça ne semble pas prévu.
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