Planter les zostères à la mode des Néerlandais

Restaurer les herbiers de zostères est une problématique (presque) mondiale. Le blog précédent avait parlé des expériences suédoises, promouvant une méthode utilisant les rhizomes, et le présent blog a traité d’une expérience américaine, utilisant les graines. Voici le tour des néerlandais qui uilisent les deux méthodes sur au moins deux sites.

Alors que nous sommes au milieu du projet Zorro, leur expérience est intéressante.

Sur la problématique des zostères, mes sources sont essentiellement le site Zeegrasherstel.nl et dans une moindre mesure le site de la société The Fieldwork Company.

Le succès encourageant mais limité de la méthode des graines dans la mer des Wadden

La mer des Wadden est une sorte d’énorme estran le long de la côte de la Mer du Nord, entre les Pays-Bas et le Danemark. Comme l’indique cette page globalement il y a un cordon d’îles à 15 km du large et au fil des marées (globalement modérées, voir l’image ci-dessous) la mer des Wadden se vide ou se remplit ce qui forme des canaux dans les sédiments. Ces conditions hydrologiques sont plus proches de celles du bassin d’Arcachon (sur lequel j’ai écrit cet article du blog précédent) que de celles de l’étang de Berre.

fond de carte : amplitude (moyenne ?) des marées, tirée du site geni.org
image tirée de researchgate

Il y aurait eu jusqu’à 150 km² d’herbiers de zostères avant la wasting disease, la maladie qui a tué une grande partie des herbiers de zostères dans les années 1930 un peu partout dans le monde. Les herbiers semblent s’être maintenus dans la partie allemande (6000 ha) mais ont quasiment disparu de la partie néerlandaise. Dans cette partie, la construction, également dans les années 1930, d’une digue (l’Afsluitdijk) fermant un grand golfe est également citée comme cause de la disparition des zostères.

Or pour respecter la DCE de leur partie de la mer, les Pays-Bas doivent atteindre 10 000 ha de zostères avant 2027. Rappelons qu’en comparaison, nous devons atteindre 1000 ha sur l’étang de Berre, également avant 2027.

Une expérience de transplantation de zostères par graines a été menée près de l’île de Griend. Le maître d’ouvrage semble être le Natuurmonumenten, organisme public qui semble plus ou moins comparable à notre Conservatoire du Littoral, et les organismes opérationnels des scientifiques, dont Mme Laura Govers, et une entreprise : The Fieldwork Company.

De ce que j’ai compris, la méthode actuellement appliquée (mais la méthode semble toujours en phase expérimentale et en évolution régulière) est la suivante :

  • ils vont chercher des graines dans la partie allemande de la mer des Wadden où se trouvent les herbiers préservés (un programme de pépinière est en cours, mais pas encore abouti), ils récoltent fin août en prenant toutes les zostères quand elles portent encore les graines. En août 2019 ils ont prélevé 408 kg de zostères (!), dont ils ont tiré plusieurs millions de graines.
  • ils font mûrir les zostères et leur graines dans des « bains à bulles » (à l’université de Groningue).
  • Ils récupèrent les graines par tamisage et les stockent jusqu’au mois de mars suivant (« après la saison des tempêtes »).
  • en mars ils mélangent les graines à de l’argile ou de la vase et ils replantent en injectant le mélange dans l’estran par des pistolets à mastic (!) Les plantations ont la forme de carrés plus ou moins grands et plus ou moins denses.
zostères marines à Griend (mer de Wadden) – photo tirée du site Zeegrasherstel.nl
zostères marines à Griend (mer de Wadden) – photo tirée du site Zeegrasherstel.nl . On notera l’essaimage autour du carré.
plantation des graines de zostères marines à Griend (mer de Wadden) – photo tirée du site Zeegrasherstel.nl

Près de l’île de Griend, l’expérience a eu de bons résultats : 10 000 plants en 2018, 30 000 en 2019, et 100 000 en 2020. Ils en sont à 170 ha colonisés (0 avant 2018) les zones plantées se sont densifiées et ont essaimé.

Malheureusement, le site semble exceptionnel et sur d’autres sites, pourtant supposés comparables la méthode n’a pas donné d’aussi bons résultats.

Il semble que ces zostères marines soient annuelles (!) Elles mourraient « en séchant » (par émersion lors des marées d’équinoxe ? ) après avoir émis des graines, qui germent l’année suivante. Elles ne font pas de rhizomes pérennes (!!) Ce n’est pas habituel et ce mode de fonctionnement des zostères marines n’existe pas en France à ma connaissance. J’ai prévu d’écrire à Mme Govers pour être sûr de bien comprendre.

La méthode des rhizomes préférée sur le lac de Grevelingen

Le lac de Grevelingen est un grand lac saumâtre. Il a été créé par isolement d’un bras de mer par deux digues construites respectivement en 1965 et 1971. L’eau du lac ainsi créé est alors peu à peu devenue plus douce et les zostères l’ont colonisé, puis la salinité est remontée par ouverture plus grande à la mer du Nord et les zostères sont mortes. Désormais on a stabilisé les conditions, à un niveau « saumâtre », et on cherche à faire revenir les zostères, malgré une tendance au malaïgue l’été (ce qui nous rappellera quelque chose).

Image tirée de Wikipedia

Dans ce cas le maître d’ouvrage est le Rijkwaterstaat, et les opérationnels la société The Fieldwork Company, avec un suivi universitaire.

Sur ce site, une méthode par graines a été testée et abandonnée. La méthode actuellement privilégiée est une méthode par rhizomes, copiée du Danemark où elle semble avoir donné de bons résultats. Elle consiste à attacher 3 rhizomes à un clou et de planter le clou (voir image ci-dessous). Les zostères ont été importées du Danemark.

zostères attachées à des clous (3 rhizomes pour un clou), prêtes à être replantées – photo tirée du site Zeegrasherstel.nl

En page 7 de la newsletter de novembre 2020 du zeegrasherstel, M. Jannes Heusinkveld de la société The Fieldwork Company indique penser que pour des zostères pérennes, qui font des grands rhizomes, la méthode des rhizomes est plus adaptée. Le lac de Grevelingen est plus profond que la mer des Wadden, et les zostères marines y sont constamment immergées et sont pérennes. Elles ne meurent pas chaque année comme dans la mer des Wadden. De ce point de vue, le lac de Grevelingen ressemble beaucoup plus à l’étang de Berre que la mer des Wadden.

Conclusion : apparemment un argument de plus pour les partisans de la méthode par rhizomes sur l’étang de Berre.

Au moment de l’écriture du présent article, nous en sommes au milieu des 4 séances prévues pour le projet ZoRRO, un projet de transplantation de zostères marines par graines. La méthode par graines a été autorisée par le CSRPN PACA, après qu’il a refusé deux fois des projets par rhizomes.

Or, après deux séances du projet ZoRRO, les participants qui ont, les années passées, expérimenté la méthode par rhizome sur l’étang de Berre ont jugé la méthode du projet Zorro (par graines) beaucoup plus lourde et pénible. De plus, elle leur paraît plus incertaine, notamment avec des graines immatures, que la méthode par rhizomes, dont ils sont convaincus du rendement.

De fait, les méthodes utilisant les graines sont lourdes :

  • le ramassage est uniquement possible quelques jours de l’année, pendant lesquels il faut disposer de nombreux bénévoles
  • après deux séances du projet ZoRRO, la partie écossage a été considérée la plus pénible, peut-être parce que les graines n’étaient pas tout à fait mûres, mais si les graines sont mûres elles tombent de l’épi…
  • les américains conservent les graines tout l’été et les néerlandais tout l’hiver avec des moyens que nous n’avons pas
  • les néerlandais arrachent des zostères avant de récupérer les graines, ce qui limite l’intérêt de cette méthode supposée moins violente pour l’herbier source. Leur projet de pépinière n’est pas (encore?) au point

De fait, le fait que la même équipe néerlandaise ait décidé d’abandonner (temporairement ?) la méthode par graines pour basculer vers une méthode par rhizomes dans le lac de Grevelingen, pour des raisons qui s’appliquent parfaitement à notre étang de Berre, est évidemment un argument pour ceux qui pensent que la méthode par rhizomes est plus facile et plus adaptée à l’étang de Berre.

J’ai prévu d’écrire à Mme Glovers et à M Heusinkveld pour voir si j’ai bien tout compris. J’intégrerai leur réponse éventuelle à cet article.

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