Le rapport du projet ZoRRO pour 2021 (ZoRRO1)

Le projet ZoRRO (Zostères, le Retour Rapide comme Objectif), dont j’ai déjà parlé dans cet article précédent au moment de son lancement, consiste à réintroduire la zostère marine dans l’étang de Berre, où cette plante était jadis très fréquente. Concrètement il s’agit d’aller chercher des graines dans l’herbier de l’anse de Carteau, à Port-Saint-Louis-du Rhône, les transporter vers l’étang de Berre et de les y semer.

Le projet est du type « participatif », sans participation des structures institutionnelles. Il est néanmoins connu de celles-ci : il a reçu, pour 2021, une autorisation préfectorale, a le soutien moral de M Khelfa, président du GIPREB et a été présenté officiellement à l’atelier 3 du GIPREB (même si l’article du site du GIPREB sur la restitution des ateliers ne le mentionne pas). Il est porté par l’association 8 vies pour la Planète et j’en étais le chef de projet.

Le projet est prévu pour durer plusieurs années et même monter en puissance. Encore faudra-t-il obtenir chaque année la fameuse autorisation préfectorale indispensable pour travailler avec cette plante protégée. Il faudra donc démontrer, année après année, qu’un projet d’ingénierie participative est possible et efficace, d’une rigueur suffisante et que nous savons respecter au moins l’esprit des autorisations que nous aurons… si nous les obtenons ! Le gros atout de ce type de projet pour les autorités est son coût quasi-nul : l’essentiel des frais (limités) et surtout le temps passé étant pris en charge par les bénévoles.

La campagne 2021 du projet, la première, s’est déroulée du 23 mai au 22 juin. Elle est terminée et est pour moi (et la quasi unanimité de la trentaine de bénévoles qui ont participé) un succès.

L’autorisation de la préfecture nous obligeait à un rapport à l’issue de la campagne. Il vient d’être envoyé à la DDTM13 ainsi qu’aux scientifiques du CSRPN. Il a aussi été envoyé aux bénévoles et sera envoyé à d’autres personnes. Il n’y a aucune raison de ne pas le publier. Vous pouvez donc le télécharger sur le lien ci-dessous :

Il y a même une version en anglais :

En résumé :

Plus de trente bénévoles ont participé à 4 séances de ramassage, écossage et semis des graines de zostères marines : les dimanches 23 mai, 30 mai, 6 juin et 13 juin 2021. Plusieurs bénévoles sont venus plusieurs fois ce qui fait qu’on monte à 45 jours de travail (et je n’ai pas compté les bénévoles qui ont travaillé en amont de la campagne, en particulier Élise). Une belle proportion de ces bénévoles est partante pour recommencer l’an prochain. Le pari de la motivation d’un nombre suffisant de bénévoles pour un tel projet a été remporté. La pertinence d’un projet d’ingénierie participative sur l’étang de Berre est pour nous démontrée.

Aux 4 journées principales de travail avec les graines se sont rajoutées deux autres jours, où deux bénévoles ont ramassés des rhizomes-épaves, qui ont également été transplantés dans l’étang de Berre. Cette méthode n’était pas citée dans l’autorisation préfectorale, mais l’abondance de rhizomes-épaves après 2 forts coups de vent d’est sur un site facile d’accès a poussé les bénévoles à intégrer cette méthode et à la rapporter, pour discussion avec les autorités. De nombreux bénévoles sont convaincus de l’efficacité de cette méthode.


23 mai30 mai3 juin6 juin13 juin22 juin
nb de ramasseurs15112982
nb d’écosseurs ou attacheurs10132692
nb de graines semées (estimation grossière)100025000400025000
nb de rhizomes épaves / ancrages2 / 14 / 132 / 80 / 010 / 240 / 6 + 10 isolés

En tout environ 10 000 graines ont été semées. Ce qui est beaucoup moins que notre demande et l’autorisation (140 000) mais représente un nombre conséquent qui devrait permettre de valider ou non les méthodes employées cette première année.

Et il s’agissait surtout de commencer. De l’avis de la grande majorité des bénévoles, ce qui a été réalisé cette année constitue un début très encourageant.

Le groupe du 13 juin, au milieu des zostères marines, lors de la formation au ramassage
Les mêmes ramasseurs du 13 juin, dispersés dans l’herbier (un des plus accessibles de Carteau)
Un bénévole du 30 mai, montrant un des épis qu’il a ramassé
Les bénévoles du 30 mai en train d’écosser les graines
Le verre d’un bénévole, avec les graines qu’il a écossées
Une bénévole du 30 mai, s’apprêtant à semer (par simple dispersion) les graines qu’elle a écossées
La dispersion des graines dans l’eau (elles sont plus denses que l’eau et finissent par tomber au sol)
Une bénévole du 13 juin avec les 2 ancrages garnis de boutures réalisés ce jour-là
L’ancrage de boutures déposé le 30 mai

Outre la pertinence de la méthode participative et du projet en général, les conclusions du rapport sont les suivantes :

  1. La méthode par graine paraît possible mais demande beaucoup d’heures de bénévoles formés. Avec des bénévoles non formés (à part ceux qui sont venus plusieurs fois), et en passant chaque fois 1h à ramasser, soit environ 40h, on a seulement ramassé 10 000 graines, soit 14 fois moins qu’espéré.
  2. La maturité des graines nous a surpris. Au 23 mai il y en avait déjà de mûres et au 13 juin il y en avait encore, ce qui donnerait une période de ramassage plus longue que pour notre modèle nord-américain… et complique la tâche des bénévoles qui passent plus de temps à déterminer si un épi est mûr ou pas.
  3. Il est possible de ramasser à pied ou en nageant. Ceux qui nagent ont trouvé cette méthode plus facile (on voit bien les épis) et moins impactante pour les herbiers qui aiment pousser dans une vase peu dense que les ramasseurs à pied ont tassée. Malheureusement les ramasseurs « à palmes » ont été beaucoup moins nombreux que les ramasseurs « à pied ».
  4. La méthode par graine est apparue lourde à plusieurs participants, notamment au moment de l’écossage, travail minutieux et long. Il semble que cette étape pourrait être évitée, en laissant les épis « maturer » en bac. Il nous faut creuser cette voie en questionnant les équipes qui ont de l’avance sur nous (notre modèle américain, mais aussi au Japon ou éventuellement aux Pays-Bas).
    En revanche cette méthode a l’avantage de permettre de ramasser et de semer sur une journée, si bien que les ramasseurs voient le résultat de leurs efforts et pourront éventuellement revenir voir les zostères pousser à l’endroit où ils ont semé.
  5. Les bénévoles qui ont trouvé lourde la méthode par graines sont surtout ceux qui connaissaient la méthode par bouturage.
    La campagne a montré que si les rhizomes-épaves sont rares en journées « normales », après un fort coup de vent d’est ils peuvent s’accumuler en certains endroits précis dont le lieu A et qu’un aller-retour un jour ou un lendemain de telles conditions atmosphériques peut permettre de récupérer sans doute plusieurs centaines de rhizomes-épaves.
  6. La méthode des ancrages de boutures a convaincu les bénévoles présents, dont les plus motivés ont pu constater la réussite en plongeant sur les 2 plants (sur 8 plantés) datant de 2019 et que nous avons systématiquement retrouvés.
    Cette méthode a l’avantage d’être légère et de pouvoir être fait par un seul bénévole en 1/2 journée (même sans voiture ! En vélo + bus ! Mais c’est quand même plus facile en voiture, les bus acceptant les vélos étant assez rares), sous réserve d’avoir des ancrages et de la ficelle en stock.
  7. Quand le sujet a été abordé, les bénévoles ont jugé pertinent le fait de rajouter à la méthode des graines la méthode des ancrages de bouture de rhizomes-épaves pour les prochaines campagnes du projet, la méthode du rhizomes-épaves ne pouvant être accusée d’avoir un quelconque impact sur l’herbier source.
  8. A contraire de la méthode par bouture dont la réussite était démontrée, plusieurs bénévoles ont émis des doutes sur la réussite de la méthode par graines.
    Le suivi dira qui, optimiste ou pessimiste, a raison sur ce point !

La cartographie des herbiers de l’anse de Carteau

En annexe du travail de transplantation proprement dit, un travail de cartographie des herbiers de l’anse de Carteau a pu être fait. Il est assez sommaire, mais c’est une première approche.

Le travail a surtout consisté à des vols de drones, complétés par des repérages en kayak et à la nage. On est arrivé à la cartographie suivante :

Les zones en bleu sont des herbiers à dominante de cymodocées, celles en rouge les herbiers à dominante de zostères marines. Les grandes zones en vert sont des herbiers peu denses de zostères naines.

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