Le projet Bernardo pour le retour des acétabulaires

Après ZoRRO vient logiquement Bernardo…

Alors que le projet ZoRRO s’occupait du retour de la zostère marine dans l’étang de Berre, plante tenue pour être « ingénieur d’écosystème », le projet Bernardo s’intéresse au retour d’une algue a priori moins importante : la petite acétabulaire. Bernardo est donc également un projet d’ingénierie et de restauration écologique, mais à un niveau moindre, en organisation comme en objectif.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette petite algue, nous renvoyons à sa fiche dans (l’excellente) base de donnée DORIS.

Cette algue est intéressante pour nous car elle est considérée peu tolérante aux environnements dégradés : sa présence est un indicateur de bon état écologique de la masse d’eau locale. Elle était présente avant 1966 dans l’étang de Berre et en a disparu avant 1971 (Thèse Raoul Riouall) . Elle n’est pas (encore ?) revenue naturellement à notre connaissance. Arriver à la réintroduire serait donc une bonne indication que l’étang de Berre est revenu à un niveau trophique suffisant, échouer pourrait signifier le contraire… ou qu’on s’y est mal pris…

Plus que pour le projet ZoRRO où on a un modèle à suivre (pour les graines) ou un peu d’expérience (avec les rhizomes), dans Bernardo on est clairement dans l’expérimentation.

Localement cette algue se trouve en grande quantité dans l’étang de l’Estomac à Fos-sur-mer, dans la partie sud de l’anse de Carteau (dans le grand herbier peu dense de zostères naines, voir la fin l’article sur le projet ZoRRO) et dans le bassin du Gloria à Port-Saint-Louis-du-Rhône (d’où sont issues les photos de cet article).

Tache d’acétabulaires, bassin du Gloria, Port-Saint-Louis-du-Rhône (les deux tiges sont des vers tubicoles)
Acétabulaires ayant poussé sur une coquille de grande nacre (morte), bassin du Gloria, Port-Saint-Louis-du-Rhône
Touffe d’acétabulaires arrachée par le courant et ayant échoué temporairement au milieu de l’herbier de zostères naines,
bassin du Gloria, Port-Saint-Louis-du-Rhône

Méthode de transplantation employée :

Les acétabulaires poussent sur des supports plutôt rigides : coquille de bivalve mort ou vivant, caillou, parfois des algues en absence de courant (par exemple dans l’étang de l’Estomac, elles peuvent pousser sur les chaetomorphes).

Dans notre cas, on a privilégié les touffes ayant poussé sur des cailloux, afin que le tout ne soit pas emporté par les courants ou les vagues de l’étang de Berre et restent à l’endroit où on les aura mises.

Touffe d’acétabulaire ayant poussé sur une coquille de moule, un ancrage un peu trop léger pour l’étang de Berre…
Touffe d’acétabulaires ayant poussé sur un petit caillou : un ancrage un peu plus lourd, mieux adapté à l’étang de Berre

On doit rajouter à ce niveau que cette algue n’est visible qu’à la fin du printemps et en été. Il est important d’emmener toute la plante car elle est unicellulaire (l’algue n’est formée que d’une cellule géante) et le noyau se situe dans le pied, alors que les organes reproducteurs se trouve dans le chapeau. Cette particularité fait que cette algue est bien connue des biologistes, voir par exemple ce travail destiné à des collégiens.

Nous avons transporté les touffes accrochées à leur caillou dans de simples bocaux de verre, assez grands (750 mL ou 1L). Ce critère a limité la taille des cailloux ramassés.

Deux bocaux avec chacun 2 ou 3 cailloux et leur touffe d’acétabulaires, à coté du bac pour transporter les bocaux…

Ensuite on a simplement déposé les cailloux et leur touffe en des endroits qu’on a jugé favorables. La suite dira si cette algue y survit et si les spores que les chapeaux commencent à porter deviendront de nouvelles algues…

Le premier site choisi a été l’anse de Saint-Chamas, près des taches de zostères naines. Une remarque évidente est que le site d’accueil était clairement plus « riche », avec notamment beaucoup plus d’algues épiphytes sur les zostères et beaucoup plus d’algues dérivantes, que le site source. C’est peut-être un problème, mais c’est l’intérêt de l’expérience…

Dans le premier site choisi dans l’étang de Berre, l’amas de pompons rouges (des algues de type Callithamniaceae particulièrement nombreuses cette année) sera peut-être un problème. On verra…
Autre photo, cette fois prise de l’extérieur de la surface, du site de réintroduction de Saint-Chamas

Rajout du 20 juillet :

Le 20 juillet a été effectuée une deuxième manipulation. Les acétabulaires ont été une nouvelle fois prises dans le bassin du Gloria à Port-Saint-Louis-du-Rhône car l’étang de L’Estomac est encore trop trouble.
Les acétabulaires ont été déposées sur la côte rocheuse d’Istres, moins touchée par les Callithamnion (« pompons rouges ») mais avec des ulves en cours de développement (quoique clairement moins qu’il y a quelques années). L’environnement est-il encore trop nitrophile pour les acétabulaires ? L’expérience le montrera peut-être…

Les acétabulaires encore en bocaux, juste avant la réintroduction dans l’étang de Berre
Les acétabulaires choisies ont poussé sur des galets, qui ne seront pas si facilement entraînés par le courant
Quelques « galets d’acétabulaires » ont été posés à l’intérieur de taches de zostères naines, qui les protégeront du courant

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s