La rapport Campiano de 1977

Le rapport Pêcheurs Pêche Pollution écrit en 1977 par Daniel Campiano, prêtre mais aussi patron pêcheur et en ce temps-là premier prud’homme de la prud’homie de Martigues, est un document exceptionnel sur l’étang de Berre et le golfe de Fos à cette époque. Je suis heureux de le mettre en ligne.

Ce document de 50 pages est très riche. Il parle, dans le désordre et sans exhaustivité,

  • de l’interdiction de pêche de 1957, qui donnait de fait le droit à l’industrie de polluer l’étang de Berre, mais aussi de sa tolérance de 10 ans (jusqu’à la mise en route de la centrale électrique de Saint-Chamas) prolongée de manière indéfinie « pour l’anguille » quand les tonnages pêchés de ce poisson ont explosé après la mise en route, à la surprise générale
  • des tonnages impressionnants d’anguilles pêchées à cette époque dans l’étang (l' »or vert » de Berre qui s’épuisera quelques années plus tard),
  • de la baisse des pollutions industrielles dans l’étang, qu’il constatait, le poisson qui avait goût de mazout n’étant déjà plus une réalité à cette époque (les sites pétrochimique s’étant équipés en stations d’épuration),
  • des moules de l’étang qui ne pouvaient plus grandir, la salinité étant trop basse
  • du combat gagné de 1973, donc encore récent à l’écriture du rapport, des pêcheurs du golfe de Fos pour que le golfe ne soit pas décrété « zone insalubre » et la pêche interdite (un combat qui avait inclus un blocage des darses du port de Fos !)
  • des dégâts de la création par dragage du chenal du port de Fos qui avait bouleversé les fonds de tout le golfe
  • de la pollution du Rhône (qui était un égout à ciel ouvert à cette époque, avec aussi des PCB) , la pêche en mer devant alors se faire très au large
  • du soutien des pêcheurs pour l’idée de zones interdites à la pêche près du golfe de Fos, où le poisson pourrait se reproduire, idée émergente à l’époque qui mènera quelques années plus tard à la création du Parc Marin de la côte bleue
  • etc…

mais surtout de la beauté du métier de pêcheur, de sa persistance depuis la nuit des temps (ce sont les derniers chasseurs-cueilleurs !!) malgré les épreuves, qui sur l’étang de Berre n’ont pas manqué du vivant de M. Campiano.

Évidemment ce document n’aurait pas la valeur exceptionnelle que je lui porte si Daniel Campiano n’avait pas créé, après la levée de l’interdiction de pêche sur l’étang en 1994, la Coordination des Pêcheurs de l’étang de Berre. Cet organisme syndical déposera en 1997 la plainte qui mènera en 2004 à la condamnation de la France par la Cour de Justice de l’Union Européenne pour « pollution de l’étang de Berre ». Cette condamnation mènera en 2005 à la limitation à 1,2 milliards de m3/an des rejets de la centrale EDF de Saint-Chamas, et à l’amélioration de l’état écologique de l’étang de Berre qui se poursuit encore aujourd’hui. Ce combat juridique est raconté par une juriste dans deux vidéos du GIPREB que vous trouverez dans cet article de l’ancien blog.

Si l’étang de Berre est aujourd’hui un lieu que je trouve exceptionnel, c’est largement pour la renaissance qu’il connaît aujourd’hui et si un personnage a été décisif pour cette renaissance, ce rôle ne peut revenir qu’à Daniel Campiano (voir aussi cet article du blog précédent sur ce personnage). À ce jour, l’histoire officielle ne l’a pas reconnu comme tel. Peut-être est-ce juste dû au fait que les hommes politiques contre lesquels il s’est battu ne sont pas tous morts…

2 commentaires

  1. Merci beaucoup pour avoir ressorti cette étude. Malheureusement, on se rend compte que la situation n’a pas évolué 45 ans plus tard.

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