La pêche aux zostères, en hiver, au fond du golfe de Fos

Le projet ZoRRO cherche à réintroduire les zostères marines dans l’étang de Berre. Nous utilisons les deux techniques recensées : celle des graines et celle des boutures.
Pour la technique des graines, d’autres, notamment les américains, sont plus avancés et ont cherché à monter à leur niveau, on en a parlé dans ce récent article.
Pour la technique des boutures il ne nous semble pas que d’autres équipes aient grand chose à nous apprendre, mais nous pouvons et devons nous améliorer, pour en faire plus dans l’année, avec un meilleur taux de survie, et sans impacter l’herbier source. Il nous faut pour cela travailler toute l’année. Et il y a des saisons plus agréables que d’autres…

À la recherche de la meilleure saison

Les zostères poussent tôt, dès mars on voit leurs feuilles s’allonger et on remarque les premières tiges reproductrices avec les graines, même si celles-ci sont encore loin d’être matures. L’hiver n’est donc pas forcément une si mauvaise saison pour elles, même si clairement, dans l’étang comme dans le golfe de Fos, la croissance des feuilles est stoppée, et les herbiers paraissent régresser. Cette régression est sans doute due à l’arrachage continuel (par la houle, les cygnes… ) de feuilles qui emportent avec elles parfois des bouts de rhizome.

La zostère marine est d’ailleurs une plante d’eau froide : on la trouve en Islande mais pas en zone tropicale. La limite sud de cette plante était jusqu’ici le sud de la Méditerranée. Le réchauffement climatique devrait faire remonter cette limite, on espère que l’étang de Berre restera favorable. D’ici là on fait comme si.

À l’opposé, l’été dans l’étang n’est pas une saison très favorable : de nombreuses algues épiphytes poussent sur les feuilles au point de leur couper la lumière et d’autres algues dérivantes viennent souvent s’agglutiner dans les herbiers pour en faire une soupe peu ragoûtante, et sans doute des conditions plutôt difficiles pour les zostères.

Des plants de zostères trop jeunes auront ainsi des difficultés à survivre à l’été, et il semble raisonnable de transplanter plutôt en dehors de l’été, sans rechigner à le faire en hiver, même si l’eau est froide.

L’herbier source et la contrainte des rhizomes-épaves

Notre herbier source se trouve dans l’anse de Carteau, à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Il n’est pas très grand. Il est présenté en rouge dans l’image ci-dessous. Globalement les zostères marines se trouvent dans le canal St Antoine (celui qui, depuis l’anse de Carteau, mène aux installations des conchyliculteurs et au Port Napoléon) et notamment dans le petit canal qui longe les « cabanes de Carteau ».

Pour les ramasser, nous avons deux contraintes :

  • Il nous est interdit d’arracher des morceaux de rhizomes du fond de l’eau , nous ne pouvons que ramasser des rhizomes arrachés naturellement et dérivant sur l’eau ou échoués sur une plage.
  • Nous nous interdisons de piétiner les fonds

Ne ramasser que des rhizomes-épaves est une contrainte qu’aucun autre projet que nous connaissons dans le monde ne doit respecter : la « méthode suédoise », la première dont nous avons eu connaissance, préconisait d’arracher des rhizomes, les employés du projet écossais Seawilding, que nous avons rencontré l’été dernier, étaient très surpris que nous ayons cette contrainte et arrachaient les rhizomes pour leurs tests de cette méthode. Les plants replantés en 2020 par les néerlandais dans le lac de Grevelingen avaient été arrachés au Danemark…

Cette contrainte, qui nous différencie donc des autres projets, nous vient de l’association Les Jardiniers de la Mer, qui se l’était imposée pour leur projet de réintroduction de posidonies. Elle nous a sans doute permis d’obtenir du CSRPN et de la DDTM l’autorisation d’utiliser la méthode des rhizomes à partir de ZoRRO2. Les posidonies et les zostères marines sont des plantes très différentes, et nous n’avons pas pu transposer grand chose des méthodes des Jardiniers pour notre projet, mais leur préconisation de n’utiliser que des rhizomes-épaves a été déterminante. Merci à eux…

Quant à éviter de piétiner les fonds, nous n’avions pas respecté cette contrainte pour ZoRRO1 et avions endommagé les herbiers. Depuis nous nous la sommes imposée et nous ne voyons plus d’impact à notre projet.

Du fait de ces deux contraintes, deux méthodes nous sont apparues les plus efficaces :

  • le kayak (sauf en cas de mistral)
  • l’épuisette depuis la berge

Si la température est douce ou le vent faible, la pêche aux rhizomes peut être vraiment agréable. Une super sortie, en kayak ou à pied. En hiver si le mistral s’y met, c’est clairement plus dur et ça méritait un article.

Hommage aux courageux ramasseurs des journées d’hiver

C’est arrivé ce dimanche 3 décembre 2023, mais c’était arrivé en début 2022 : ce premier dimanche du mois (les journées ZoRRO ont lieu chaque mois le premier dimanche), la température était basse et le mistral fort, mais ZoRRO est quand même arrivé et la récolte a été bonne ! On sent, sur les photos ci-dessous, que le froid piquait un peu…

Ce dimanche 3 décembre, 10 ancrages ont été bien remplis (on les a tellement chargés qu’on aurait pu en garnir 15, mais on n’en avait préparé que 10…). Je n’ai pas de photos de l’équipe qui a replanté (on a des progrès à faire en communication !) mais au moins mais une photo d’un ancrage en place (côte rocheuse de Martigues). C’est mieux que rien…

On a en revanche un film du 16 avril 2023, pris à Saint-Chamas, où on sent, surtout en fin de vidéo que Claude trouve l’eau bien froide… De mémoire la température de l’eau de l’étang était de 13°C, mais ce 5 décembre, elle était à 9°C… et on était à l’ombre… Bravo à André de m’avoir aidé à replanter !

Je profite de cet article pour montrer deux films datant aussi du 16 avril 2023 et qui présentent bien la pêche aux rhizomes. Il ne faisait pas si froid… mais en revanche on entend bien le mistral et comme nous n’étions que deux, on avait privilégié les vidéos au ramassage ! Pour ces vidéos on est toujours au bord du petit canal transversal où les taches de zostères marines sont les plus visibles. Mais on peut aussi fouiner la laisse de mer du nord du canal, plus accessible à pied et plus grande, mais où les épaves de zostères marines sont rares parmi les celles de zostères naines. C’est par exemple ce qu’on avait fait le 6 novembre.

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